Weight Watchers signe chez McDo : faut-il s’en émouvoir ?

Le récent partenariat avec McDonald’s met à jour la philosophie délétère qui sous-tend le programme de régime Weight Watchers. Pour ceux qui y croyait encore…

Manger McDo, c’est bon pour la santé, cela peut contribuer au « weight watching » (littéralement contrôle du poids), assurent en chœur MacDo et Weight Watchers. Ces deux géants de l’alimentaire viennent de signer un partenariat pour 150 enseignes fast-food de Nouvelle-Zélande : désormais, sur les menus « poulet (sandwich ou nuggets ou wraps) + salade », les consommateurs verront désormais le logo du célèbre programme de régime. Faut-il s’émouvoir de l’opération marketing des deux marques, sans doute un test de l’opinion avant une généralisation du concept ?

Déjà des voix s’insurgent parmi les spécialistes de la nutrition dans les pays anglosaxons pour dénoncer une entreprise commerciale contre nature, comme le rapporte l’article du Guardian du 3 mars 2010 (« Colère après l’appui de Weight Watchers à McDonald’s »1) : comment le temple du gras, du salé et du sucré et l’une des plus célèbres marques de régime et de contrôle de l’obésité ont-ils pu devenir amis ?

Sain et équilibré.
Chaque repas estampillé Weight Watchers pris chez MacDo n’équivaut qu’à 6,5 points, sachant que le programme autorise entre 18 et 40 points par jour aux adeptes de ce régime (selon leurs objectifs). Ils sont donc « caloriquement » compatibles ! L’association Weight Watchers McDonald’s choque parce qu’elle met en lumière le véritable paradoxe des conceptions diététiques actuelles : on peut manger sain et équilibré tout en étant prisonnier de la malbouffe… Comment en est-on arrivé là ?

L’explication réside dans notre vision de l’hygiène, qui est devenu un véritable diktat à de nombreux niveaux. On confond ainsi aliments sains et aliments « hygiéniques ». C’est la même chose dans nos salles de bain : savons, shampoings et produits de beauté sont tous plus hypoallergéniques les uns que les autres, mais ils renferment malgré tout des substances toxiques : éthers de glycol, phénoxyéthanol, parabènes, PEG, phtalates, huiles minérales (paraffinum liquidium), etc, comme l’a déjà pointé l’auteur Rita Stiens, dans son best-seller La Vérité sur les cosmétiques.

Fiches nutrition. On confond aussi trop facilement apports caloriques et apports nutritionnels ! Quoique préparés selon des normes d’hygiène drastiques et élaborés par des diététiciens, donc équilibrés en protéines, lipides et glucides, les repas MacDo n’apportent pas les minéraux, oligo-éléments et vitamines nécessaires à la santé. Ce qui leur manque, c’est tout simplement la « densité nutritionnelle », notion trop souvent oubliée par ceux qui prétendent nous apprendre à manger. C’est pourquoi la plupart des nutritionnistes et diététiciens, prisonnier de cet amalgame, peinent à trouver des arguments contre le partenariat avec Weight Watchers : les repas de McDo ne sont-ils pas, en effet, tout à fait sains et équilibrés, comme le démontrent les fiches nutrition de la firme ?

Cette remarque n’est pas propre à MacDo, mais elle vaut aussi pour les hôpitaux, pour les cantines scolaire, etc ! La grande majorité des établissements publics font grand cas de l’hygiène2, mais est-il, à un seul moment, question d’alimentation saine, vivante et nutritive ? Les CHU (centres hospitaliers universitaires) attachent ainsi bien peu d’importance à la densité nutritionnelle de l’alimentation : « Après cuisson, les aliments sont refroidis et conditionnés. Ils se conservent alors plusieurs jours et sont acheminés jusqu’aux services de soins en respectant le principe de la chaîne du froid. Les plats peuvent ainsi être consommés sans aucun risque jusqu’au soir de la date limite de consommation (DLC) indiquée sur le film. Dans le service, les plats sont remis en température par micro-ondes juste avant de vous être servis », peut-on lire sur le site de l’hôpital de Caen…

Carences. A quel moment nos spécialistes de nutrition nous parlent-ils des teneurs en magnésium, zinc, vitamines B ou C ? Nous oublions souvent que la vie cellulaire est limitée et que notre corps se renouvelle en permanence : nous devenons « un autre homme » en quatre à sept ans ! Cette mue intérieure ne saurait produire un être en pleine santé s’il manque les éléments essentiels à sa recomposition ou si ces éléments sont dénaturés par des processus industriels en amont.

Un seul exemple : la carence en oméga 3, composant essentiel pour la souplesse des membranes cellulaires, favorise, entre autres, les pathologies cardiovasculaires. Or, les oméga 3 sont indispensables car le corps humain ne peut les synthétiser. On les trouve notamment dans l’huile de noix, de colza (de première pression à froid), dans les poissons gras des mers froides, dans les graines de lin, les oeufs bio, entre autres) « La nutrition est donc sans doute le facteur le plus important dans la prévention de la mort subite par accident cardiovasculaire », assure le Dr Jean-Michel Lecerf, de l’Institut Pasteur de Lille3.

Restrictions alimentaires féroces.
Ainsi, McDo a beau arguer du fait que ses repas Weight Watchers possèdent moins de graisses saturées et très peu de calories (370 Kcal par menu contre 491 Kcal pour le seul Big Mac), on n’apprend toujours rien sur la densité nutritionnelle. Il est difficile de croire que ces repas issus de l’agroalimentaire fourniront aux clients les nutriments essentiels au bon fonctionnement de leur organisme et de leur métabolisme (la gestion des dépenses énergétiques d’une personne) très perturbé aujourd’hui, notamment chez les personnes en surpoids notable. Pour nombre d’entre elles, malgré des restrictions alimentaires féroces, la perte de poids est toujours minime. A force d’être carencé en nutriment, la machine corporelle a fini par se gripper : toxines et graisses s’accumulent sans jamais pouvoir être déstockées normalement.

Substances dangereuses. Les fiches nutritions de MacDo se composent uniquement de quelques données, largement insuffisantes pour dire si les repas sont vraiment sains (glucides complexe, lipides, protéines, sel, sucre). Nous n’avons même pas de renseignement sur la présence de fibres. C’est cette conception que cautionne Weight Watchers, le programme de régime le plus conventionnel au monde, sans doute l’un des plus représentatifs des dérives de la diététiques actuelle : il ne tient aucun compte des nutriments contenus dans les aliments, de la qualité des huiles que vous choisissez, des céréales que vous consommés, ni bien sûr des apports délétères des pesticides et autres substances dangereuses.

Les aliments raffinés non seulement n’apportent plus aucun nutriment essentiel (ils sont carencés), mais ils sont aussi assaisonnés de nombreuses produits toxiques, les fameux additifs alimentaires, qui contribuent eux aussi aux dysfonctionnements métaboliques chez certains individus prédisposés. « Le vrai mensonge a été de nous faire croire : ’’ c’est votre responsabilité si vous prenez du poids. Il faut manger moins et bouger plus ’’. C’est en partie vrai, mais le fond du problème, c’est surtout ce que l’on nous donne à manger ! », dénonce très justement l’auteur de Toxic, William Reymond (2007, Flammarion).

Mystification. C’est effectivement cette logique culpabilisante qui prévaut aux campagnes du Plan National Nutrition Santé (PNNS) à qui l’on doit les petits messages de prévention qui apparaissent sous les publicités alimentaires : « Manger cinq fruits et légumes par jour », « Pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière », etc. ! Mais que font les pouvoirs publics, à part jouer les redresseurs de torts, pour stopper l’intrusion des produits toxiques dans nos assiettes ou pour nous alerter sur leur présence ? De leur côté, que proposent les diététiciens pour nous orienter vers une alimentation vraiment saine et vitale ?

L’association Weight Watchers/McDo n’est finalement en rien choquante, elle met simplement en lumière la mystification de la diététique contemporaine, parasitée par les nombreuses « intox agroalimentaires » qui nous empêchent de nous diriger vers un véritable changement alimentaire.

Manger équilibré, ce n’est donc pas manger varié, comme le soutiennent de nombreux diététiciens, c’est plutôt opter pour des aliments à forte densité nutritionnelle, susceptibles de nous apporter un maximum d’éléments vitaux (vitamines, minéraux, oligo-éléments) dans un minimum de calories ! Manger sain, ce n’est pas non plus se priver, c’est au contraire opter pour des aliments de qualité… Manger mieux, et non pas manger moins : c’est ce simple fait, à la portée de tous, qu’on cherche surtout à nous cacher !

Pryska Ducoeurjoly

1 « Anger over Weight Watchers’ endorsement of McDonald’s » ; http://www.guardian.co.uk/business/2010/mar/03/weight-watchers-mcdonalds-obesity

2Comme pour la santé, on retrouve dans l’alimentation le diktat de l’hygiène, notamment avec la méthode HACCP qui impose des règles d’hygiène alimentaire aussi drastiques que celles mises en place par la NASA pour ses astronautes dans les années 1960… La Commission du Codex Alimentarius (le code alimentaire international) prend pour référence la méthode HACCP, comme l’Europe et la France, à travers leurs diverses réglementations.

3« Acides gras oméga 3 et réduction du risque de mort subite », Dr Jean-Michel Lecerf, Institut Pasteur de Lille (service de nutrition) et CHRU de Lille (juillet 2004).

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