Comment se protéger de l’intoxication médiatique ?

Discerner l’information celle d’une information toxique, c’est possible. Pas de recette miracle, il est avant tout question de retrouver son esprit critique. Mais comme vous allez le voir, c’est plus facile qu’il n’y paraît grâce à un certain nombre de « trucs et astuces » que je souhaite vous partager. Voici quelques « armes d’autodéfense mentale » face à l’intox médiatique, extraits du livre La Société Toxique (que j’ai écrit en 2010), qui peuvent nous aider à nous protéger de l’intox.

Merci PIXABAY pour cette jolie photo libre !

  1. Se méfier des informations émotionnelles, surtout celles qui font appel à la peur. On peut se demander si les médias n’ont pas la fâcheuse tendance à nous maintenir dans cet état très primitif où seule l’émotion nous gouverne, afin de mieux nous contrôler. À ce titre, la peur est incontestablement le levier le plus efficace du ressort émotionnel.
  2. Se méfier des débats rationnels. Ne pas se laisser impressionner par les experts et autres analystes savants qui pensent volontiers à votre place. La France, pays de Descartes, donne souvent la priorité à l’analyse et à la dissection des faits. Le raisonnement, la voie logique, la revue de détails prévalent sur nos capacités de synthèse. Ainsi, lorsqu’ils n’activent pas le ressort émotionnel, les médias ont tendance à se perdre dans l’analyse, voire dans la masturbation intellectuelle, bien peu fertile. Lorsqu’ils privilégient le mode rationnel pur, les journalistes nous font croire que, sans une connaissance exhaustive et détaillée d’un fait de société, on ne pourra jamais le comprendre. C’est pourquoi nous abdiquons souvent devant certains sujets, et avons tendance à nous en remettre aux experts et aux spécialistes. Erreur ! Ces derniers, prisonniers de leurs spécialités, ne possèdent qu’une partie de la solution : ils sont souvent incapables de faire des liens avec les autres aspects du problème et de produire une synthèse salutaire.
  3. Eviter d’ingurgiter trop d’informations. J’ai eu maintes fois l’occasion de rappeler à quel point nous croyons être informés alors que nous sommes au contraire désinformés. Ce n’est pas la quantité qui fait la qualité ! Le parallèle entre obésité et infobésité est pertinent : trop d’info tue notre capacité d’analyse et notre esprit critique. A force d’être bombardés d’informations toxiques, nous pouvons aussi développer des troubles d’anxiété (voir cet article Intox médiatique, la société du stress permament). Ceci nous rend moins capable d’exercer notre esprit critique. Il vaut mieux retenir une ou deux informations par jour et prendre le temps de l’analyser, notamment en faisant ses propres recherches. Pour le reste, mieux vaut appliquer le principe de précaution concernant la pseudo véracité de ce qui nous est donné à entendre. Usez avec parcimonie du poste de télévision et de la radio, investiguez Internet (là au moins vous êtes libre de vous aventurer par vous même hors des sentiers battus et trouver matière à discerner) ! Mais n’en abusez pas non plus et accordez vous des temps de « digital détox« , comme le propose la journaliste et auteur Isabelle Fontaine.
  4. Etre extrêmement vigilant sur les informations martelées : images qui tournent en boucle sur un même sujet, informations qui reviennent régulièrement d’année en année (surtout si la peur y est associée), Injonctions médiatiques par le biais de divers interlocuteurs interviewés en boucle qui pensent tous pareils. Une information toxique est souvent répétitive (ce qui s’apparente à du bourrage de crâne) et ne produit qu’un sentiment d’impasse ou d’angoisse (si vous ressentez un sentiment d’impasse ou d’angoisse, c’est que vous êtes victimes du syndrome d’intox médiatique). Elle ne fait que véhiculer des idées fausses qui remuent le problème dans tous les sens, tout en appuyant sur nos émotions (culpabilité, peur, compassion, colère, impuissance, etc.).
  5. Se méfier des apparentes nouveautés. Comme vous l’avez remarqué, les médias nous réservent souvent la même soupe (par exemple avec les marronniers). Ils font du neuf avec du vieux et prétendent apporter de nouvelles informations… Ils nous vendent aussi les mérites du progrès humain ou technologique qui ne fait que répéter les mêmes erreurs que les progrès précédents. A des problèmes anciens, on prétend nous apporter de nouvelles solutions ou analyses qui ne sont en fait que de vieilles solutions relookées. Le cercle vicieux continue.

Comment reconnaître une information saine ?

Une bonne information sort des sentiers battus. Elle vous invite à quitter l’opinion communément admise et à vous aventurer hors de la pensée unique pour trouver votre chemin personnel.

À la différence d’une information toxique, une information saine ouvre l’esprit, motive et rassemble, et permet une action citoyenne (voire politique) appropriée. Par sa nouveauté, elle parle davantage à notre intuition. Par sa clarté d’explication, elle aussi est libératrice.

Dans quelle mesure l’intuition peut-elle nous aider à apprécier les informations, leur toxicité ou leur salubrité pour l’esprit ? Et comment ne pas la confondre avec des suggestions d’ordre émotionnel?

Notons que l’intuition possède trois caractéristiques communes avec une information saine (et c’est ainsi qu’on parvient à la repérer) : la nouveauté, la véracité et la capacité à apporter des solutions aux problèmes. Cousine de l’intuition, l’information saine nous élève à un meilleur niveau de perception du monde qui nous entoure. Elle agit comme la lumière : elle nous permet de voir, alors que les informations émotionnelles nous laissent dans le brouillard (et c’est sans doute pour cela que la société avance si lentement à tâtons…). À l’inverse de l’émotion, qui se nourrit de la répétition des mêmes schémas, l’intuition, par son caractère tout à fait novateur, va d’abord bousculer nos références émotionnelles ou rationnelles, avant de les assimiler comme partie de la réalité. Nous sommes alors pénétrés d’un sentiment d’évidence qui balaye tous les doutes (« Bon sang mais c’est bien sûr ! »).

Alors que l’instinct et l’émotion surgissent de notre mémoire inconsciente et se fondent sur les ressentis de nos anciennes expériences, l’intuition, elle, semble surgir de l’extérieur, au moment où l’on s’y attend le moins — généralement après avoir retourné un problème dans tous les sens ! Elle est souvent déstabilisante de prime abord, puis unifiante ensuite par son extraordinaire pouvoir de réconciliation des contraires et sa surprenante simplicité. C’est effectivement ce qu’en disent les grands mathématiciens qui ont fait l’expérience de l’intuition pour résoudre des équations, là où la raison les avait laissés devant un mur. Si vous ne parvenez pas à vous connecter à votre intuition, rapprochez-vous du « bon sens ». Pour Le Petit Robert, l’intuition est une « forme de connaissance immédiate qui ne recourt pas au raisonnement. Souvent confondue avec l’instinct, qui se base sur les réflexes inconscients et les mémoires émotionnelles de notre cerveau primitif reptilien (dont le but est avant tout la survie et la défense de son territoire !), l’intuition se caractérise par sa radicale nouveauté.

La solution apportée forme alors un système englobant, supérieur, dans certains cas universel. Tout se passe comme si nous allions chercher ce fait nouveau, cet éclair de lucidité, dans un lieu qui nous dépasse, dans un réservoir qui relèverait plutôt du grand inconscient collectif décrit par Carl Gustav Jung, auquel notre cerveau peut accéder au cours de moments privilégiés et brefs.

Une information saine produit un sentiment d’élargissement de l’esprit tout en apportant une satisfaction intellectuelle certaine. Elle n’est donc pas contre la raison ni contre l’émotion, car elle est réconciliation. Elle libère plus qu’elle ne frustre, elle pousse à l’action plus qu’à la résignation, et elle est en outre compréhensible par tous. Cette information saine existe, bien sûr, dans les médias. Mais noyée dans la masse, disséminée on ne sait où, encore faut-il apprendre à la reconnaître ! Si on ne parvient pas à déterminer le degré de véracité d’une information, il est bon de s’en remettre aux critères de l’intuition (nouveauté et élargissement de point de vue) : cette information que je reçois joue-t-elle seulement avec mes émotions ou bien m’apporte-t-elle des idées fertiles, novatrices et porteuses de solutions ?

En savoir plus : La Société Toxique, manuelle de dépollution mentale, Partie 1 L’intox médiatique, Chapitre 9. Comment reconnaître une information saine ?

Livre en accès libre sur www.pryskaducoeurjoly.com

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Un commentaire sur “Comment se protéger de l’intoxication médiatique ?”

  1. Charles dit :

    UN message d’autant plus important que la France, pays des Droits de l’Homme, est situé au 45e rang des libertés de la presse 2016
    Merci !

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