Affaire Merah, affaire d’Etat ?

Alors que les médias ont largement relayé d’une même voix les tueries de Toulouse et Montauban, tout ne colle pas dans la version qui nous est servie. Des infos discordantes sèment le trouble. Merah aurait-il joué les indic’ pour la DCRI ? Cette hypothèse est une grenade,  prête à dégoupiller, à la veille de l’élection présidentielle

Merah pouvait-il être un indic ou un agent au service du renseignement intérieur ? Cette hypothèse ne vient pas des partisans de la théorie du complot, mais d’Yves Bonnet. L’ancien chef de la DST (Direction de la surveillance du territoire, devenue DCRI) a avancé cette idée en toute liberté lundi dernier dans La Dépêche du Midi. Extrait :

La dépêche du midi : Le 10 septembre 2010, le patron de la DCRI, Bernard Squarcini, expliquait au Journal du Dimanche qu’il plaçait en tête des menaces du terrorisme islamiste « le Français converti qui se radicalise et monte son opération seul » et les djihadiste français « qui partent en Afghanistan ». Comment expliquer que Merah repéré, la DCRI n’ait pas vu de risque après avoir eu un entretien avec lui, le 14 novembre 2011 ?

Yves Bonnet : Ce qui, personnellement, me paraît poser question, c’est que le garçon avait manifestement des relations avec la DCRI comme on l’a appris à travers les déclarations de Bernard Squarcini lui-même. C’est-à-dire qu’il avait un correspondant au Renseignement intérieur. Alors appelez ça « correspondant », appelez ça « officier traitant »… je ne sais pas jusqu’où allaient ces relations, voire cette « collaboration » avec le service, mais on peut effectivement s’interroger sur ce point. (…) Or avoir un correspondant ce n’est pas tout à fait innocent. Ce n’est pas anodin.

Merah a été convoqué en novembre 2011 par la DCRI de Toulouse « parce que nous voulions recueillir des explications sur son voyage en Afghanistan. C’est un entretien administratif sans contrainte, puisque nous n’étions pas dans un cadre judiciaire. (…) Des dispositions ont été prises, la DCRI l’a notamment inscrit au fichier des personnes recherchées pour être informée en cas de contrôle et de déplacements », a expliqué Bernard Squarcini au Monde vendredi 23 mars dernier, un papier censé couper court à une éventuelle polémique naissante, mais qui a eu l’effet inverse.

Un visa pour Israël

Dans l’émission « C dans l’air » du même jour, les invités évoquent le cas tout à fait atypique de la personnalité de Mohamed Merah. D’un côté, un petit délinquant qui vit de larcins et qui fait du rodéo avec ses copains en voiture, de l’autre le voyageur capable de passer les frontières du Moyen-Orient et même d’appeler directement du Pakistan son « contact » du renseignement intérieur1 ! On apprend notamment que le tueur disposait d’un visa pour Israël, ce qui fait dire à Yves Calvi, en substance : « ce tour de force n’est possible qu’en disposant de deux passeports… ». Pas si étonnant finalement lorsqu’on dispose de la double nationalité franco-algérienne.

Mais le journaliste du Figaro Yves Treard s’étonne du comportement étonnant de Mérah avec les services de Squarcini : « Quand il est séjour au Pakistan, c’est lui qui téléphone (..) au service de la DCRI pour dire qu’il ne pourra être au rendez-vous de telle date mais « quand je reviens en France je vous appelle ». Et quand il va au rendez-vous, il arrive avec ses photos et montre tout. (…) Il faudra faire la lumière que ce qu’il a fait en Asie Centrale »2. Yves Tréard explique que Merah n’a jamais participé aux camps d’entraînement et qu’il n’a effectué que deux courts séjours en Afghanistan (où il s’est fait arrêter puis ficher par les Etats-Unis), et au Pakistan.

« Un jeune de banlieue particulièrement perturbé qui entre en confidence avec les fonctionnaires des services spéciaux français : on aura tout vu, décidément, sous la présidence de Nicolas Sarkozy », s’indigne sur Agoravox, l’ancien animateur radio Morice. Sa tribune libre, postée le lendemain de l’article paru dans Le Monde, a provoqué 400 commentaires en trois jours.

Morice ne mâche pas ses mots dans sa prose fleuve. « Les crimes de Merah ont été les pires de ses seize dernières années en France Mais j’aurai aimé, tout criminel odieux qu’il ait pu être, l’entendre nous dire ce qu’il faisait en novembre 2011 dans le bureau de quelqu’un venu hier nous dire qu’il venait lui rapporter ses photos de vacances d’un endroit régulièrement bombardé par des drones, car infesté de terroristes talibans qui tuent eux aussi femmes et enfants ».

La presse étrangère s’en mêle

L’affaire Merah apparaît désormais bien plus complexe que la seule tragédie causée par un délinquant mal dans sa vie. Elle a même tout pour s’emballer en affaire d’Etat et exploser en vol, telle une grenade à la figure de « Super Sarko », comme le caricature les opposants de sa politique sécuritaire. D’autant plus que la presse étrangère commence à s’en mêler et que les informations deviennent de plus en plus difficiles à contrôler.

Le quotidien italien Il Foglio, journal de l’intelligentsia de la droite italienne, affirme, hier, que Mohamed Merah, voyageait à l’étranger « avec une couverture des services », probablement de la DGSE. Voir à ce sujet les interprétations de l’article sur le site de Arrêt sur Images et Nations presse info, l’agence de presse proche de Marine Le Pen. Cette dernière a accusé hier le président-candidat Nicolas Sarkozy de vouloir étouffer la vérité sur l’affaire Merah, se proclamant «porte-parole des inquiétudes des Français» et exigeant «la lumière absolue».

Un arrangement avec les services?

Dans l’affaire Merah, beaucoup de zone d’ombre reste encore à éclaircir. Mohamed merah aurait-il été envoyé au Moyen-Orient pour une mission de repérage ? Lui qui par ailleurs avait souffert d’avoir été rejeté par l’armée, aurait-il pu accepter un arrangement avec les « services » pour s’épargner quelque nouvelle peine liée à ses anciennes affaires ? Il est en effet connu pour dix-huit faits de violence et de petite délinquance qui lui ont valu deux courts séjours en prison en 2007 et 2009. Comment expliquer que la plainte d’une mère de famille à son encontre, en juin 2010, n’ait pas été suivie d’effets ? Merah aurait montré à son fils des vidéo violentes et criminelles et aurait proféré des menaces à la suite du dépôt de plainte, comme le rapporte le Télégramme de Brest.

De son côté, l’avocat de Mohamed Merah se demande toujours pourquoi il n’ait pas été fait appel à lui pour négocier la reddition de Mohamed Merah durant les 32 heures qu’a durées le siège de l’appartement toulousain où il était retranché. « Si on avait voulu tenter la chance d’un véritable dialogue avec lui au lieu de laisser pourrir une situation en misant sur son épuisement, on m’aurait utilisé. On ne l’a pas fait, on ne l’a pas voulu », a déclaré Me Ételin au Point, tout en précisant qu’il avait bien fait une demande spontanée en ce sens.

Pour le fondateur du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale, Christian Prouteau, les policiers auraient pu neutraliser le tueur présumé avec un gaz spécial aux propriétés lacrymogènes. Bref, le débat sur les conditions de la mort de Mohamed n’est pas clos.

Merah placé sur écoute en 2011

Mérah était-il devenu un indic’ incontrôlable qui aurait berné la vigilance et la confiance de la DCRI ? Aujourd’hui, dans son édition du 28 mars, le Canard Enchaîné s’en mêle. Le journal confirme qu’en 2011, le tueur revendiqué de Toulouse semblait « traité » comme un indic ou en voie de l’être. De mars à novembre 2011, Mohamed Merah a été placé sur écoute par la DCRI, ainsi que sa mère et son frère. Puis cette surveillance a brusquement cessé, après l’entretien avec la DCRI, en, novembre 2011. Etrange.

D’autant plus que selon le journal Nice Matin du 26 mars 2012, un réseau islamiste avait été démantelé à Nice en décembre 2011 et que des « liens » auraient été mis en évidence entre Omar Diaby, basé à Nice, et Mohamed Merah.

Des descriptions qui ne collent pas

Reste un fait troublant : Mohamed Merah ne colle pas à la description de certains témoins. Des yeux clairs (bleus, verts), une peau blanche, pour certains un tatouage sous l’oeil et une certaine corpulence (Montauban). Rien de tout cela chez Merah. On sait que dans ce type d’affaire les témoignages doivent être pris avec grande précaution, surtout lorsqu’ils ne sont pas nombreux et sous le choc. Le tueur a toujours agi masqué sous un casque de moto et personne n’a vu son visage au grand jour au moment des crimes. Cependant, la famille du tueur elle-même  ne s’est pas indignée contre l’implication de Merah dans tous les meurtres qui lui sont imputés.

Notes :

1 C’est ce même policier de la DCRI de Toulouse qui est intervenu pour négocier avec Merah lors du siège de son appartement par la police : « Le courant passait bien. Non sans cynisme. Il a même dit à ce policier : De toute façon, je devais t’appeler pour te dire que j’avais des tuyaux à te donner, mais en fait, j’allais te fumer« , a aussi indiqué Bernard Squarcini au quotidien Le Monde. Pourquoi donc voulait-il le « fumer » ?

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Un commentaire sur “Affaire Merah, affaire d’Etat ?”

  1. Janaya dit :

    That’s a sensible answer to a challenging quietson

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