Contraception hormonale : libération ou prison?

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La pilule a libéré la femme”, nous dit-on. Grâce aux hormones de synthèse, la gent féminine possède le contrôle de son corps. Mais à quel prix? Outre les multiples désagréments dont elles témoignent, les décès sont bien plus nombreux qu’on le dit. Et combien d’accidents graves sous-notifiés, sous-médiatisés? Parallèlement, les femmes ignorent tout de l’existence d’une alternative écologique tout aussi fiable et sans danger : la symptothermie, qui leur donne la même sécurité contraceptive par la connaissance et l’apprentissage des signes de fertilité (Néo Santé n°26, septembre 2013). Malheureusement, ce Da Vinci Code de la fertilité reste l’un des secrets les mieux gardés. Des millions de femmes demeurent encore les poules aux œufs d’or de l’industrie.

 

 

 

Savez-vous pourquoi les femmes changent de moyen de contraception très fréquemment, alternent entre les pilules de différentes générations, le stérilet hormonal, le stérilet au cuivre, l’implant, l’anneau, etc? Parce qu’elles subissent de plein fouet les divers effets secondaires, rarement évoqués lors de la prescription initiale. Voici le parcours de Matilde Pinzano, une jeune Parisienne de 25 ans, exemplaire de la réalité de nombreuses femmes :

« J’ai commencé à prendre la pilule au début de ma vie sexuelle, soit à 16 ans. Tout de suite ça a été la grande valse des marques, j’ai changé et re-changé de pilule avant d’en trouver une que mon corps « tolérait » à peu près. La pilule, ça a tout de suite été perte de libido, très peu de lubrification pendant les rapports, nausées, maux de tête, sensation d’être « déphasée », complètement hors de mon corps. J’ai longtemps cru que le problème venait de moi, que j’étais frigide ou quelque chose dans le genre. Mais je sais aujourd’hui que non ! »

Mathilde a eu toutes les peines du monde à se libérer des hormones : « J’ai une première fois voulu l’arrêter à 17 ans. La réponse de ma gynéco a été fracassante: « c’est hors de question, vous voulez tomber enceinte ? Avoir un enfant à 17 ans ? C’est ça que vous voulez ? Et puis la pilule c’est très bien, ça met les ovaires au repos, ça protège du cancer du sein, vous allez continuer à la prendre. »

« Je n’ai pas eu mon mot à dire et encore aujourd’hui j’ai cette conversation en travers de la gorge. J’ai donc tenu encore 3 ans. Puis j’ai opté pour le stérilet hormonal. Très mauvais souvenir ce stérilet ! ».

Mathilde n’est pas un cas isolé de la maltraitance du corps féminin par la chimie. Cécile Fleury, éducatrice pour enfants, a vécu à peu près la même expérience avant de dire stop: « Pilule depuis mes 14 ans, quelques mois après mes premières règles. Pas d’autres options proposées ! Six ou sept changements jusqu’à l’arrêt complet vers 26 ans. Des effets indésirables de plus en plus gênants : acné, prise de poids, grave dépression, perte totale de libido avec remise en question de ma sexualité. La pilule Diane 35 a aussi fait bouger mes dents et a provoqué un arrêt complet des « règles » pour revenir à des saignements constants ».

« J’arrête la pilule »

meme-arret-piluleEn réalité, la vraie libération, pour de nombreuses femmes aujourd’hui, c’est plutôt l’arrêt de la pilule ! « C’est le geste qui a eu le plus de retentissement sur ma vie ces dernières années », raconte Sabrina Debusquat, journaliste. Sur son blog, www.ca-se-saurait.fr, elle a chroniqué son sevrage et dressé, après 20 mois, un bilan : « A l’arrêt de la pilule mon corps s’est automatiquement délesté de quelques kilos sans que je ne change quoi que ce soit à mon mode de vie. Mon corps semble plus sensible qu’avant, plus réactif, plus fort, plus mobile : il n’est plus “sclérosé”. C’est juste LA découverte santé la plus importante que j’ai fait ces dernières années ».

Sabrina prépare un livre : J’arrete la pilule. Un best-seller potentiel, au regard du succès du fil Twitter #myPillStory, où de nombreuses femmes racontent leur enfer sous hormone. « Depuis que j’ai arrêté la pilule mon esprit suit cette libération du corps, il est à la fois plus fort en émotion, mais aussi plus stable, explique Sabrina. Les vagues vont et viennent (désir, remise en question), mais elles sont naturelles. Je sens que c’est moi, et j’y prends plaisir. Car anesthésiée je l’étais avant d’arrêter cette pilule! Insidieusement, avec les années, je ne l’ai pas senti, les hormones avaient pris les commandes du vaisseau, et pas forcément pour le meilleur ! ».

Les hormones, un mirage d’émancipation

Les femmes pensent contrôler leur corps en prenant la pilule, mais pour la féministe américaine Holly Grigg-Spall, c’est plutôt la pilule qui a pris le contrôle. Journaliste et auteur de Sweetening the pill, elle évoque le syndrome de Stockholm(1) : « Un phénomène psychologique où les otages éprouvent de la sympathie et de la compréhension envers leurs geôliers, jusqu’à prendre leur défense. C’est vraiment ce qui se passe avec la contraception hormonale… » Dans ce livre, elle raconte son propre embrigadement hormonal, puis son sevrage : “Parvenir à cette décision s’est avéré particulièrement difficile! C’est tout un processus psychologique”. Mais quelle libération!

Politique du ministère de la santé en France :
Mieux vaut risquer de prendre une balle que d’oublier sa pilule!

Des centaines de millions de femmes (en bonne santé!) prennent une médication puissante chaque jour mais très peu savent que les hormones de synthèse perturbent de nombreuses fonctions de l’organisme. « Cela est possible parce que nous avons été convaincues par un discours idéologique que la majorité des femmes cautionnent désormais. Les hormones de synthèse sont “LA” voie de notre émancipation, nous ne pouvons pas les remettre en cause, même si nous sommes maltraitées par les effets secondaires… », déplore Holly Griggs-Pall.

Et de s’en prendre au système productiviste : « Une femme qui n’a pas ses règles est une femme parfaitement adaptée au modèle occidental, patriarcal et capitaliste. Cela lui permet en outre de rester sexuellement disponible, et émotionnellement atone. Les femmes sacrifient leur besoin de régénération cyclique, auquel les invite leur période de règles, dans le but de répondre aux injonctions de productivité. Tout cela se fait au détriment de leur santé physique et mentale ».

La pilule tue : 1000 décès par an en France, selon l’avep

Ce n’est pas l’Avep(2), Association des victimes d’embolies pulmonaires et AVC, qui dira le contraire. Constituée en 2007 à la suite du décès d’une adolescente de 17 ans, Théodora, sous pilule de 3e génération, cette association française répertorie les très nombreux drames. Les résultats de son enquête publique pour tenter d’évaluer les accidentées dépasse largement les chiffres officiels de la pharmacovigilance communiqués à la presse et aux médecins…

Sur 739 victimes qui ont répondu à cette enquête, dans 46 % des cas l’issue de l’accident s’est avérée irréversible (29 décès, 57 handicaps, 256 séquelles à vie). Dans 90% des cas, le lien avec la pilule a été reconnu par les médecins (de manière formelle ou non) suite à l’accident.

Or en 2013, l’ANSM estimait à 20 le nombre de décès annuels par embolie pulmonaire attribuables aux pilules. Or selon l’Avep c’est au minimum 73(3), rien que par les témoignages récoltés. De plus, « la population couverte par notre enquête est relativement restreinte par rapport au nombre probable des victimes réelles ».

Depuis la médiatisation des effets secondaires des pilules de troisième génération, les bouches commencent à se délier du coté des victimes : « Je parle aujourd’hui au nom de ma fille Élisabeth qui était âgée de 17 ans et demi et qui prenait la pilule contraceptive Mercilon lorsqu’elle a eu un AVC important qui a laissé de graves séquelles : elle est aujourd’hui hémiplégique et à des troubles cognitifs importants », raconte Françoise sur le site de l’Avep.

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« Combien de témoignages faudra-t-il encore pour que les médecins prescripteurs ouvrent les yeux? Je suis effarée de lire tous ces récits dramatiques et du jeune âge des victimes. J’ai 46 ans et j’ai fait une embolie pulmonaire en 2015 sans aucun signe avant-coureur. Je suis très sportive et je ne fume pas. Le cardiologue m’a immédiatement enlevé la pilule. Comble de ma petite histoire : c’est le même labo qui maintenant me soigne avec ses anticoagulants! Finalement ces laboratoires gagnent sur tous les fronts… A réfléchir! », écrit Anne, 46 ans.

Il n’y a pas que la pilule, toutes les hormones de synthèse, quelles que soit leurs formes, sont toxiques (implant, stérilet hormonal, anneau et bientôt puce sous cutanée). « En janvier 2013, à 33 ans, j’ai décidée de remplacer mon implant que j’avais depuis 2006 par un nouveau. Environ trois semaines après, j’ai fait une embolie pulmonaire. A l’hôpital, on m’a demandé si j’étais sous pilule. Je leur ai dit que j’avais changé mon implant récemment, mais il s’en foutait royalement, il n’y avait que la pilule. Du coup ils m’ont mis sous anticoagulants sur une durée de 6 mois minimum (je les ai pris sur une période de 7-8 mois). Cela n’a servi à rien puisque j’ai fait un AVC 3-4 mois après et maintenant je me retrouve handicapée à hauteur de 86,5%. L’implant m’a tout pris. ». Une erreur médicale lourde de conséquence.

Mais voilà, ces “quelques témoignages” ne remettent pas en cause la balance bénéfices-risques, assurent les promoteurs du tout-pilule. Malgré les hypothèses épidémiologiques de l’Avep, alarmantes :

« Sur l’ensemble de la population, pour 100 000 femmes, le risque d’embolie pulmonaire ou de thrombose veineuse profonde est de 5 à 11 cas par an, sans prédisposition particulière ni facteurs de risque et sans prise de contraceptifs oraux. Pour les utilisatrices de contraceptifs oraux ce risque est de 50 à 70 cas pour 100 000 femmes par an pour les pilules de 2e génération et de 90 à 120 pour 100 000 femmes par an pour les pilules de 3e génération. En France, 7 millions de femmes utilisent les contraceptifs oraux. Le nombre de décès estimé de la contraception orale par embolie pulmonaire est de plus de 1000 morts par an, sans compter les décès par AVC ou cancers provoqués par la prise de la pilule », assure l’Avep sur son site. Pour comparaison, le nombre de décès estimé du Médiator en 33 ans est de 500 à 2000 morts ».

Le scandale des hormones de synthèse, et pas seulement des pilules de 3e ou 4e génération, avec son grand nombre d’utilisatrices, ne peut qu’éclater un jour. Il a déjà commencé aux États-Unis.

Des procès dont on parle peu

Pour les pilules de 4e génération, les plaintes seraient de 15 000 outre-Atlantique. Des recours collectifs ont été lancés en 2010 au Canada, et des plaintes déposées par des particuliers ou des associations en Belgique, en Suisse, en Australie et en Allemagne. En France depuis 2012, à la suite de la plainte de Marion Larat (voir son livre, La pilule est amère, publié en 2013 chez Stock), 75 femmes victimes d’effets secondaires des pilules ont porté plainte au pénal, contre les fabricants ou leur médecin et/ou l’ANSM. « 500 dossiers ont été constitués. Elles attendent désormais un procès. Aucun juge d’instruction n’a encore été nommé. Aux États-Unis, le laboratoire Bayer a préféré verser deux milliards de dollars à 10 000 plaignantes pour s’éviter un long et coûteux procès. Ce qui ne devrait pas arriver en France », écrit L’Est Républicain dans son article du 27 mars 2016, « Pilule : trois ans après, des accidents graves surviennent encore ».

Consentement éclairé inexistant

Le danger des hormones de synthèse est connu depuis longtemps (voir notre encadré ci-dessous), malheureusement non seulement le corps médical n’informe pas correctement les patientes des risques, mais il omet aussi (sauf exception) de parler des méthodes naturelles apportant une bonne sécurité contraceptive. Parmi ces méthodes, il y a surtout la symptothermie, dont l’indice de Pearl (nombre de grossesses non désirées sur 100 femmes sur un an) est équivalent à celui de la pilule (0,4)(4).

Cette méthode nécessite un apprentissage à la suite duquel la femme peut gérer seule sa fertilité. Malheureusement, la grande majorité des médecins et des gynécologues ignore tout simplement l’existence de cette méthode ou préfère la dénigrer.

Lorsque j’ai demandé au gynéco de me retirer le stérilet que je ne supportais pas, je l’ai informé sur mon désir d’utiliser la symptothermie… Il m’a répondu c’était la meilleure façon de tomber enceinte et m’a prescrit une pilule aux œstrogènes, ce que je ne veux pas!”, déplore Mélanie, 35 ans et 15 ans de pilule. Quel choix reste-t-il donc aux femmes en dehors de la panoplie des contraceptions hormonales ?

Le mépris du consentement éclairé des femmes émane aussi des recommandations officielles, très orientées. Dès que les méthodes naturelles sont évoquées, elles sont toujours “réservées aux couples qui peuvent accepter une grossesse, car moins fiables”. Si parfois la méthode Billings (observation de la glaire cervicale) ou celle de la température sont évoquées, le mot « symptothermie » est toujours le grand absent ! Or cette méthode est particulièrement performante car elle fait la synthèse entre l’observation de la glaire et la température. Elle est aussi moins contraignante pour la femme, car le double contrôle « glaire+température » autorise une vigilance seulement sur la moitié de son cycle (la phase pré-ovulatoire), et non sur la totalité comme le demande d’autres méthodes naturelles (ou la pilule, qui doit être prise quotidiennement).

Un parcours du combattant

Quand les femmes découvrent existence de la symptothermie, elles n’en croient pas leurs yeux. Elles ne comprennent tout simplement pas que personne ne leur ait parlé de cette alternative :

« J‘ai trouver par moi-même. Je suis encore débutante mais j’ai enfin l’impression de sentir mon corps. Aujourd’hui je suis furieuse contre tous ces professionnels qui nous gavent d’hormones, parce qu’ils pensent que nous ne sommes pas capable d’apprendre à nous observer. Je suis aussi furieuse contre moi-même d’avoir suivi le corps médical comme un mouton », réalise Claire, 13 ans d’hormones.

« Le vrai déclic, la vraie réconciliation avec moi-même, ça a été la symptothermie ! Grâce à cette méthode, j’ai appris à connaître mon corps, à découvrir vraiment son fonctionnement, son rythme », assure Mathilde, qui fait partie des 3000 femmes du groupe d’entraide « Symptothermie », sur Facebook, où l’on pratique cette contraception 100% écologique. Ces femmes ne veulent plus être les poules aux oeufs d’or de l’industrie.

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L’obscurantisme au service des enjeux économiques

La fiabilité de la symptothermie ne peut s’appuyer que sur un très petit nombre d’études(5), la recherche publique ne s’y intéresse pas, et les laboratoires encore moins… L’ignorance dans laquelle les femmes sont maintenues sert plutôt le commerce de la pilule, très lucratif sur le long terme, étant donné qu’il s’agit d’une médication au long cours. Mais comme les femmes n’en sont que rarement satisfaites, cela sert aussi l’« innovation » !

panorama-le-mondeCette innovation galopante en faveur de la contraception orale de 3e et 4e génération a multiplié l’offre sur le marché, ce qui rend encore plus difficile le suivi de la pharmacovigilance. Une infographie du journal Le Monde, Panorama des pilules(6) (26 mars 2013), montre qu’il y a aujourd’hui près de 100 pilules différentes commercialisées en France par 18 laboratoires. Il n’y avait “que” 21 pilules en 2000, commercialisées par six laboratoires. Depuis les premières pilules développées par le laboratoire Majorelle (Stéridril, 1969; Minidril et Adepal, 1976; Microval, 1978), la pilule est devenue un créneau pour d’autres labos : Bayer (Diane 35, 1995; Jasmine, 2002), MSD France (Mercilon, 1990; Cérazette, 2000), ou encore Biogaran et Theramex (génériques surtout, Leeloo Gé).

« C’est Bayer, le laboratoire allemand, qui est leader sur le créneau. Avec ses pilules minidosées, il a généré près d’1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Le groupe aurait déjà provisionné 700 millions de dollars en vue de prochaines plaintes », relate BFM TV le 2 janvier 2013 dans son article web « Pilule troisième génération : un lucratif business ».

La gynécologie sous influence

Pourtant, « dès 1995, les études scientifiques ont établi l’accentuation du risque thrombo-embolique veineux des contraceptifs oraux récents par rapport à leurs prédécesseurs de 2e génération. Et depuis 2007, la Haute autorité de santé recommande aux médecins de ne plus prescrire les pilules de 3e génération aux nouvelles utilisatrices en première intention. Recommandation restée largement lettre morte », rappelle le journal Le Monde, dans son article “Pilule : enquête sur ses médecins liés aux laboratoires” (10 janvier 2013).

« Les alertes sur la dangerosité de ces contraceptifs ont été couvertes par une autre musique, omniprésente : le discours des gynécologues les plus médiatiques de France (…) », poursuit Le Monde. Pour le docteur Philippe Foucras, fondateur du Formindep, organisme composé de médecins qui traquent les conflits d’intérêt. « Le nœud du problème, actuellement, ce sont bien ces leaders d’opinion. (…) Le généraliste copie les prescriptions du gynécologue qui copie celles du prestigieux leader en blouse blanche du CHU, qui est devenu un visiteur médical haut de gamme. D’un point de vue stratégique, pour les laboratoires, c’est parfait, il n’y en a qu’un à influencer qui influencera tous les autres, notamment via la formation continue, devenue cœur de cible de la stratégie d’influence des firmes. »

Voilà pourquoi les femmes ne doivent pas se fier aveuglément à l’avis de leur gynécologue. Pas plus qu’à l’avis de certaines associations censées les informer, comme l’Association française pour la contraception (AFC). Sur son site contraceptions.org, tout est fait pour décourager les femmes tentées par les alternatives écologiques. Les méthodes naturelles sont « les moins fiables ». La méthode Billings (observation de la glaire) est « source de nombreuses erreurs ». La méthode des températures est « contraignante ». Pas un mot sur la symptothermie et surtout aucun indice de Pearl à l’appui…

L’AFC, composée de médecins gynécologues, s’emploie autant à minimiser les effets secondaires de la pilule qu’à caricaturer les méthodes naturelles. Sponsorisée par les laboratoires Majorelle (le pionnier de la contraception orale), Teva Santé (autre laboratoire qui fait commerce de la pilule) et la fondation d’entreprise du laboratoire HRA-Pharma (contraception d’urgence), sa série Web intitulée “MégaBit” est un tissu d’obscénité à l’opposé du devoir de consentement éclairé. Réalisées à l’attention d’un public qu’on peine à définir et qui serait serait victime « d’idées reçues », ces vidéos de très bas niveau ont également reçu le soutien de la région Île-de-France.

Désinformation institutionnelle par omission

Le site choisirsacontraception.fr, sous la tutelle du Ministère de la santé, ne fournit pas de meilleures informations pour permettre aux femmes de poser un choix éclairé. « Les méthodes naturelles connaissent jusqu’à 25% d’échecs. Leur utilisation nécessite d’avoir des cycles extrêmement réguliers et de bien connaître son corps. L’ovulation peut être avancée ou reculée par toutes sortes d’événements, à commencer par les émotions ! C’est ce qui rend les méthodes naturelles imprécises et en conséquence peu fiables ».

Or la symptothermie non seulement possède la même fiabilité que la pilule, mais elle est aussi adaptée aux femmes qui ont des cycles irréguliers ! Mais apparemment, on ne connaît pas cette méthode au ministère. Avec la symptothermie, il n’est jamais question de prédire son ovulation, mais de la caractériser à l’aide d’au moins deux signes de fertilité. On ne peut identifier le pic ovulatoire qu’après qu’il se soit produit, mais avec une grande précision. C’est ce qui rend la phase infertile très sûre. La symptothermie s’avère ainsi bien plus avancée que la vieille méthode Ogino (méthode du calendrier) qui ne fait que des pronostics hasardeux.

La foire aux applis mobile

Hélas, sur le marché des applis mobiles, ce sont essentiellement des programmes basés sur les calculs Ogino qui sont proposés aux femmes en quête d’une alternative. La plupart tombe dans le panneau de cette méthode désuète via ces applis très marketing. Or il existe tout de même quelques applis fiables basées sur la méthode symptothermique : à commencer par l’appli sympto, développée par la fondation SymptoTherm (Suisse), classée numéro 1 dans une récente étude comparative américaine du groupe Facts, publiée en juillet 2016(7).

Mais l’appli sympto dérange ! Elle est aujourd’hui attaquée par l’autorité suisse de santé, SwissMédic, qui prétend la faire entrer de force dans la législation sur les dispositifs médicaux, « ce que nous ne sommes pas ! », déplore Harri Wettstein, secrétaire de la fondation SymptoTherm. « Sympto ne fait que traduire en langage numérique le contenu de notre manuel, La Symptothermie Complète, un savoir qui devrait d’ailleurs être enseigné dans les collèges et lycées, car c’est une connaissance fondamentale honteusement cachée. Les autorités de santé feraient mieux de s’intéresser aux autres applis qui ramènent les femmes à la méthode Ogino et font un pronostic sur le jour de l’ovulation. Elles sont à ce titre des dispositifs médicaux, bidons qui plus est »(8).

Cette application sympto est préconisée sur le groupe Facebook Symptothermie, cercle de femmes averties pour lesquelles les conseils des gynécologues ne sont plus paroles d’évangile. pilule« Quand j’ai dit à ma gynéco que je pratiquais la symptothermie avec le didacticiel sympto, elle m’a dit que je tomberais enceinte dans l’année, que c’était encore moins fiable que la méthode Billings, et qu’il n’y avait que les catho intégristes et les écolo radicaux qui pratiquaient ça. Elle m’a prescrit l’anneau contraceptif contre mon gré, que je n’ai jamais utilisé! », s’insurge Marie, une danseuse de 27 ans, et membre du groupe Facebook Symptothermie. « Depuis 18 mois j’utilise la symptothermie avec succès, c’est la méthode la moins prise de tête que je connaisse. Et j’emm… les gynécos qui sont contre le respect de ma féminité, de la connaissance de mon corps et de ma confiance en moi! ».

Un charity business

Les femmes libérées de la pilule qui ont craqué le code de leur fertilité représentent une minorité éclairée. Les autres subissent un intense matraquage pro-hormones mené à un niveau international par les laboratoires et leurs partenaires privés ou publics.

Bayer joue un rôle actif dans la conférence Women Deliver(9), qui réunit plus de 5 000 influenceurs, décideurs politiques, activistes, journalistes et jeunes du monde entier. « La sensibilisation aux questions de santé reproductive a toujours fait partie de l’engagement de Bayer », écrit le laboratoire, la main sur le coeur, dans un communiqué délivré le 20 mai 2016 à l’occasion de la 4e édition de cette conférence(10).

Bayer est aussi à l’origine de la Journée Mondiale de la Contraception (créée en 2007). Par ce biais, le laboratoire a développé le programme des jeunes ambassadeurs, pour « sensibiliser les adolescents du monde entier à la contraception ». Sous-entendu, la contraception hormonale.

Cette « éducation » de la femme par les laboratoires s’effectue avec l’aide de nombreuses organisations partenaires (fondation, ONG…) qui leur assurent une caution morale pour la mise sous contrôle hormonal de millions de femmes.

Le Sommet de Londres en 2012 sur la planification familiale, « a mobilisé les pouvoirs publics, les organismes internationaux, les organisations de la société civile, les fondations et le secteur privé pour élargir fortement l’accès à la planification familiale volontaire. Le partenariat mondial qui en a résulté, Family Planning 2020 (FP2020), a créé un élan international sur la question de l’accès aux contraceptifs », explique la fondation Bill et Melinda Gates, grand sponsor(11) de cette coalition internationale en faveur des contraceptions modernes (principalement hormonales)

Le Family planning 2020 s’intéresse précisément à 120 millions de femmes de 69 pays pauvres et soutient de nombreux projets : « L’Inde a déjà fait un grand pas en avant, en approuvant l’utilisation de contraceptifs injectables dans le système de santé publique. (…) Au Sénégal et en Ouganda, où les contraceptifs injectables sont déjà couramment utilisés, PATH explore une nouvelle option qui pourrait révolutionner l’accès à cette méthode : l’auto-injection de Sayana® Press, une seringue prête à l’emploi à usage unique contenant une dose pré-mesurée de Depo-Provera. L’objectif est que les femmes puissent l’utiliser seules à domicile », est-il expliqué sur le site du Family Planning 2020(12).

« Les pays, les donateurs et les organisations continuent à rejoindre le mouvement mondial de planification familiale (…). Les gouvernements de Madagascar, du Mali, du Népal et de la Somalie se sont associés cette année (2015, ndla), tout comme les partenaires du secteur privé que sont Bayer, Merck (connu sous le nom MSD en dehors des États-Unis et du Canada) et Pfizer, mais aussi l’organisation mondiale à but non lucratif Management Sciences for Health et la Fondation internationale pour l’accès à la contraception (International Contraceptive Access Foundation). La Fondation Bill & Melinda Gates s’est engagée à augmenter sa participation financière à la planification familiale de 25 % sur les trois prochaines années », rappelle le Family Planning 2020(13).

Une emprise mondiale

Résultat, entre 2012 et 2015, selon un point d’étape du FP 2020, ce cercle d’acteurs et d’investisseurs « philanthropes » a réussi à inclure 24,4 millions d’utilisatrices supplémentaires dans les méthodes modernes de contraception ! Pilule, stérilet, stérilisation féminine, contraceptif injectable et implant figurent en tête, bien devant la stérilisation masculine, le préservatif ou le diaphragme. « C’est 10 millions de moins que l’objectif », déplore le FP 2020.

Derrière la politique de contrôle des naissances, le contrôle du corps de la femme est devenu un phénomène mondial. Le Tiers-Monde s’avère donc un marché hautement prometteur pour les laboratoires : 290,6 millions de femmes dans les 69 pays cibles de FP2020 utilisent déjà ces méthodes modernes…

Mais nul ne connaît les conséquences à long terme de cette mise sous hormones des femmes fertiles à grande échelle, les effets négatifs sur la fertilité étant tout simplement niés. Sous couvert d’éducation à la sexualité, la plupart de ces programmes sont en fait totalement dénués de démarche éducative pouvant permettre aux femmes de se réapproprier la connaissance de leur corps.

En Europe ou aux États-Unis, le corps médical estime que les femmes ne sont pas aptes à apprendre une méthode comme la symptothermie, jugée « trop compliquée », alors dans le Tiers-Monde… Cette option relève plutôt de l’utopie ! Malgré les procès qui commencent à ennuyer les laboratoires ici ou là, les hormones de synthèse ont donc encore de beaux jours devant elles, pour servir la « libération » des femmes.


NOTE HISTORIQUE

Des risques dénoncés dès 1970 par des féministes

Le premier cas, britannique, de décès des suites d’une embolie pulmonaire lié à la pilule est rapporté dans le Lancet en novembre 1961 ; dans les mois qui suivent, deux cas semblables sont rapportés aux États-Unis. De multiples études épidémiologiques sont alors entreprises, compliquées par la multiplication de spécialités aux formules changeantes. Ce sont des chercheurs britanniques qui établissent la preuve des risques de thrombose, soudaines et parfois mortelles, en 1967.

Cette publication déclenche des débats en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Au Royaume-Uni, les autorités recommandent aux médecins de renoncer à prescrire la pilule la plus dosée. Aux États-Unis, le livre The pill: an alarming report (1969), de Morton Mintz (journaliste américain qui a soulevé le scandale de la thalidomide), révèle qu’en 1960, date d’autorisation de la commercialisation de la pilule, la FDA a lancé une vaste expérimentation humaine en dehors de tout contrôle. La féministe Barbara Seaman (1935-2008), avec The Doctors’ Case Against the Pill (1970) stimule aussi le débat public sur les effets secondaires, sur le défaut d’information des femmes et ce en pleine révolution sexuelle.

Ces livres courageux provoquent en 1970 des auditions au Sénat américain. La féministe Alice Wolfson du DC’s Women Liberation interrompt les auditions aux cris de « Les femmes ne sont pas des cochons d’Inde! » et dénonce l’absence de femme parmi les personnes auditionnées. Ces auditions permettront néanmoins d’imposer aux laboratoires des notices spécifiant les risques de caillots sanguins. Depuis, l’esprit de ce féminisme axé sur la santé perdure plus mollement aujourd’hui via le National Women’s Health Network américain.

 


Bio de l’auteur : 

Pryska Ducoeurjoly est journaliste d’investigation. Parallèlement, elle est conseillère en symptothermie auprès de la fondation SymptoTherm qui promeut la méthode symptothermique. Depuis juin 2016, elle est également présidente de l’association Ecologie du cycle féminin (cyclefeminin.org).

 


NOTES

1. Dans une interview par Pryska Ducoeurjoly : « La pilule, c’est comme la cigarette », sur blog.sympto.org.

2. http://avep-asso.org

3. Source : L’Est Républicain, « Pilules : trois ans après, des accidents graves surviennent encore », du 27 mars 2016.

4. Frank-Herrmann,P., Heil,J., Gnoth,C. et al (2007) The effectiveness of a fertility awareness based method to avoid pregnancy in relation to a couple’s sexual behavior during the fertile time: a prospective longitudinal study. Hum.Reprod., 22, 1310-1319.

5. Compilation disponible sur sympto.org (rubrique Etudes).

6. http://tinyurl.com/cv42gsq

7. Rating of Fertility Apps for Avoiding Pregnancy, 7 juillet 2016 sur www.factsaboutfertility.org. Voir aussi Sympto : n°1 des applis symptothermiques (étude américaine) sur http://blog.sympto.org

8. Sympto, l’appli qui libère la femme au tribunal face à Swissmedic sur http://blog.sympto.org

9. http://womendeliver.org/

10. « Journée mondiale de la contraception de Bayer: le programme des jeunes ambassadeurs visent à sensibiliser les adolescents du monde entier à la contraception ».

11. http://www.gatesfoundation.org/fr/What-We-Do/Global-Development/Family-Planning

12. http://progress-fr.familyplanning2020.org/page/dimensions-of-progress/choix-contraceptif

13. http://www.familyplanning2020.org/articles/11458

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Un commentaire sur “Contraception hormonale : libération ou prison?”

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