Agriculture bio : le Figaro répand la peur, le doute et l’incertitude…

Le FUD (fear, doubt and uncertainty, expression anglaise) est un outil rhétorique qui distille l’intox médiatique. Il est souvent employé par certains médias sur des dossiers bousculant l’ordre établi, par exemple le bio. Dans son édition du week-end (le 22 février 2013), le Figaro Magazine livre un bel exemple de FUD, dénigrant habilement le bio dans l’esprit du grand public. Les spécialistes de la question, eux, reconnaîtront l’arnaque, non pas du bio, mais d’un tel travail journalistique, qui rajoute de la confusion à la confusion, au profit, bien sûr, d’un immobilisme de nos comportements alimentaires. Décryptage de ce dossier, pompeusement intitulé « La vérité sur le Bio ».

Illustration tirée du Petit guide pour vos amis bio sceptiques (Crédit Moret b. pour Corabio)

Illustration tirée du Petit guide pour vos amis bio sceptiques (Crédit Moret b. pour Corabio)

L’agriculture bio, les Français en ont une image très positive. 86% d’entre eux estiment que l’agriculture bio contribue à préserver l’environnement, la qualité des sols, les ressources en eau et 83% pensent qu’elle fournit des produits plus naturels car cultivés sans produits chimiques de synthèse (d’après la 10ème édition du Baromètre Agence BIO/CSA) . Ces chiffres n’empêchent pas les mass médias de se tirer régulièrement une balle dans le pied en allant à l’encontre l’opinion publique. Pas étonnant que la presse papier soit en chute libre…

Le Une du Figaro Magazine du 22 février 2013

Le Une du Figaro Magazine du 22 février 2013

Dernier exemple en date, le dossier du Figaro magazine du 22 février 2013. A la Une : « La vérité sur le bio ». Ou plutôt, la vérité de certains journalistes du Figaro sur le bio. Question complexe s’il en est, réglée en quelques pages. « Tout ce qu’on ne vous dit pas et ce qu’il faut savoir sur le bio ». Sous-entendu : nous allons désamorcer un certain nombre de lieux communs… Distillés par le très puissant lobby du bio ?

Parmi ces idées reçues que se font les gens :

  1. Le bio est-il meilleur pour la santé ? Réponse du Figaro : « Non »
  2. Le bio, plus économe en énergie ? « A démontrer »
  3. le bio meilleur au goût ? «Subjectif »
  4. Le bio ami de la biodiversité ? « Pas si sûr »
  5. Le bio est-il garant de qualité ? « Sans garantie »
  6. Les contrôles sont-ils rigoureux ? « Non »
  7. Le bio est-il local ? « Pas seulement »

Qu’est-ce que le FUD ?

Dans ce dossier, nous pouvons reconnaître les outils rhétoriques du FUD,  Fear, uncertainty and doubt (FUD, littéralement « peur, incertitude et doute », prononcez « feude »).

Il s’agit d’une technique rhétorique utilisée notamment dans la vente, le marketing, les relations publiques et le discours politique. Elle consiste à tenter d’influencer autrui en diffusant des informations négatives, souvent vagues et inspirant la peur (je vous laisse relire les réponses du Figaro ci-dessus). « La force du FUD réside dans le fait qu’il s’adresse à un public de non spécialistes, plus influençable. Généralement, un FUD rassemble des hypothèses sans fondement et des verbes conjugués au conditionnel. Plus un FUD est répété, plus il entre dans l’inconscient collectif et plus son effet peut être important », rappelle l’article de wikipédia consacré à ce sujet.

Citons quelques extraits du dossier du Figaro (si vous voulez en savoir plus, courrez acheter le Figaro, cela soutiendra leurs ventes à la baisse sur les 5 dernières années.. )

Image Moret b. pour Corabio

Image Moret b. pour Corabio

>>> « Le bio n’est pas à l’abri d’intoxications alimentaires graves. Pour preuve, en automne 2012, le Dr Laffont, de l’Agence régionale de santé (ARS) Paca, a enregistré 32 cas d’intoxication due au datura, une plante sauvage et toxique, retrouvée dans la farine de sarrasin bio. (…) Huit personnes ont été hospitalisées ». Attention, le bio peut être dangereux…

>> « La traçabilité des produits reste aléatoire. Les auteurs du rapport ont ainsi essayé de remonter à l’origine de 85 produits. Après six mois de recherche, 40% des producteurs n’avaient pas été retrouvés. Les documents concernant l’identification des opérateurs, les certificats de conformité n’étaient complets que pour 38% des produits importés, et 48% des produits fabriqués dans l’Union euroépenne »… Pire que les lasagnes Findus?!

>>> «L’agriculture bio assure des rendements moindres et nécessite de ce fait l’exploitation de plus grandes surfaces pour produire une même quantité d’aliments. Résultat, son impact sur la biodiversité serait tout aussi significatif que celui de l’agriculture conventionnelle ». Relisez bien la phrase. On nage en plein sophisme. On est en train de nous dire qu’il vaut mieux bousiller une portion réduite de terre en haut rendement, plutôt que de développer le bio sur des grandes surfaces. Parce que de grandes surfaces cultivées, même en bio, porteront toujours atteintes à l’environnement. Désespérant.

>>> « Les aliments issus de l’agriculture biologique sont bons pour la santé mais pas meilleurs que ceux issus de l’agriculture conventionnelle ». Est-ce à dire que les résidus de pesticides, contenus en plus grande quantité dans les aliments conventionnels, sont bons pour la santé?

Image Moret b. pour Corabio

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Ce dernier paradoxe ne semble pas interpeller les neurones des journalistes. Ceux des lecteurs, pétris de bon sens, voient rouge. Leur réactions, sur le forum du Figaro, à un précédent article intitulé « Le bio n’est pas meilleur pour la santé », témoigne du fossé croissant entre le bas peuple et nos élites bien-pensantes. Cet article, citant la même étude que celle du dossier qui nous préoccupe ici, commençait par poser le débat en ces termes : « Faut-il encore manger bio? La question mérite, une nouvelle fois, d’être posée après la publication cette semaine dans la revue Annals of Internal Medicine, d’une étude dont les conclusions montrent clairement que les aliments issus de l’agriculture biologique ne sont pas meilleurs pour la santé que ceux produits par l’agriculture conventionnelle ou «chimique». Alors que le consommateur les paie en moyenne, et au bas mot, 25 % plus cher! »

Réactions des internautes : « Mais bien sûr, les engrais, les pesticides,les OGM, les traitements chimiques, l’algue verte, le lisier, les déserts verts, la terre rendue stérile, les nappes phréatiques pourries, c’est bon pour la santé et la nature. Au fait, qui a osé écrire cet article débile ? Allez,-y, mangez-en, et à fond. Mais ne venez pas pleurer le jour où vous serez bien malade ! »

« Ce sont les mêmes qui font les pesticides et les anti-cancéreux, voilà bien des gens qui ont intérêt à ce que le bio ne soit pas meilleur pour la santé, et avec les MILLIARDS qui sont en jeu, vous imaginez tous les labos d’université qu’on peut financer (=acheter) avec ça… qui viennent nous dire ensuite la bouche en coeur: « oh que je suis surpris, le bio c’est nul » »…

Peut-être un peu excessif tout de même, mais les lecteurs expriment en filigrane leur colère de voir leurs comportements vertueux systématiquement dénigrés par des journalistes (une profession qu’ils passeraient bien au bûcher, avec les hommes politiques).

Conclusion  : Le dossier du Figaro n’est pas complètement infondé ou mal étayé. Des études scientifiques sont citées. Malheureusement, la défiance vis à vis du bio transpire. Les arguments en sa faveur sont faibles et bien souvent démontés par des « Oui, mais », « Cependant », « Ce n’est pas l’avis de »… Le plus grave, dans ce dossier, reste l’absence de perspective pour le lecteur. C’est là que le Fud est un fléau pour le grand public : entre le conventionnel toxique et le bio pas meilleur pour la santé, quelle solution ? Ce genre d’articles vient décourager les lecteurs qui s’engagent dans de meilleurs comportements alimentaires. Voilà bien un dossier qui contribue à creuser le trou de la sécu !

 

Conseils à mes confrères du Figaro :

  1. Manger davantage bio vous apportera des vitamines, des oligo-éléments, des minéraux. Ainsi, vos cellules nerveuses seront mieux nourries et votre réflexion sera nettement améliorée…
  2. Essayez la pensée complexe. Je sais, c’est pas facile. Cela demande une vision éco-systémique, à 360°. Par exemple, lorsque vous affirmez que le bio n’est pas meilleur pour la santé, avez-vous pensé aux agriculteurs qui sont les premières victimes des pesticides (la maladie de Parkinson a été reconnue en 2012 maladie professionnelle pour les agriculteurs, du fait de l’exposition aux pesticides).
  3. Consultez d’urgence le Petit guide pour vos amis bio-sceptiques (guide militant, cela vous donnera matière à développer un  débat contradictoire plus sincère).
  4. Pensez à rééduquer votre palais en consommant régulièrement des produits bio, afin de retrouver le vrai goût des aliments (ce que ne permettent pas les lasagnes Findus). Fiez-vous aux grands chefs cuisiniers que vous avez interviewés et qui plaident unanimement pour les aliments bio (Cyril Lignac, Jean-François Piège et Christian Le Squer). (« subjectif », votre conclusion sur le goût des aliments bio sous-entend « non-objectif », ce qui tend, habilement, à semer le doute sur la qualité gustative de ces produits).
  5. Faites-vous aider, parlez-en autour de vous, même au petit peuple. Vous verrez que beaucoup de gens sont déjà engagés dans la bio attitude. Les Français sont de plus en plus nombreux à souhaiter manger bio au-delà de chez eux. Les parents notamment sont très demandeurs de bio : 75% d’entre deux voudraient que leurs enfants se voient proposer des produits bio à l’école. Une vraie tendance de fond, qui va bien au delà des produits alimentaires : comme le montre le 10e Baromètre Agence BIO / CSA, les achats de produits biologiques autres qu’alimentaires augmentent : 1 Français sur 2 déclare en acheter (49%) contre 44% en 2011. Alors pourquoi enfoncer vos lecteurs par des arguments fallacieux?
  6. Retournez aux fourneaux, vous verrez que manger bio n’est pas forcément plus cher, mais qu’on consomme différemment. Autre élément à prendre en compte lorsque vous comparez les prix au kilo : la cuisse de poulet non bio peut fondre à la cuisson (elle est pleine d’eau), tandis que la cuisse bio gardera son poids de départ. Découvrez la notion de « densité nutritionnelle ». Une famille du Bordelais que j’avais interviewée début 2008, dans le cadre de la quatrième Journée de dépistage de l’obésité infantile démontre que l’on peut s’alimenter en produits frais, sains, et naturels, avec un budget de 200 à 250 euros par mois (avec deux enfants !), sans compter la cantine. Mais voilà : dans le réfrigérateur familial, pas un seul produit issu de l’industrie agroalimentaire ; seulement des légumes, du beurre, des cornichons, de la moutarde et autres produits de première nécessité. Dans les placards : pas de paquets de gâteaux ni de plats cuisinés, seulement quelques denrées en dépannage, des fruits secs, du riz, des lentilles, des pâtes et quelques conserves (« On ne fait pas de régime », P. DUCŒURJOLY, Sud Ouest, 13 janvier 2008).
  7. Consultez mon ouvrage La Société toxique, manuel de dépollution mentale, gratuitement mis en ligne, cela vous fera le plus grand bien.
    Notamment la conclusion de la partie « Intox alimentaire », page 307 : « N’oublions pas que l’agro-industrie est fortement subventionnée et fortement polluante. Coût pour le contribuable européen de la politique agricole commune (la PAC) : 450 euros par an et par foyer…» 
    « A-t-on vraiment pris conscience du coût global de la dépollution via notre facture d’eau individuelle, via nos impôts locaux ou via la dette nationale (menace d’amende pour pollution aux nitrates en Bretagne : 28 millions d’euros)». « Ce sont bel et bien nos cotisations qui comblent le trou de la Sécurité sociale (plus de 20 milliards d’euros en 2009/2010). Ce que nous croyons économiser d’une main (celle qui remplit le caddie), nous le payons inévitablement de l’autre (celle qui remplit la déclaration d’impôt sur le revenu…).» « En d’autres termes, supprimez les subventions aux cultures intensives et vous verrez doubler les prix dans les supermarchés ! Tout le monde trouvera alors l’agriculture biologique soudainement beaucoup plus abordable…
Le Petit guide pour vos amis bio-sceptiques édité par Corabio

Le Petit guide pour vos amis bio-sceptiques édité par Corabio

 

 

 

 

 

 

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2 commentaires sur “Agriculture bio : le Figaro répand la peur, le doute et l’incertitude…”

  1. Bonjour Pryska,

    Je viens de lire le Fig Mag et j’en suis tout retourné.
    J’ai immédiatement pris le net pour répondre au Fig Mag car ce que j’ai lu est scandaleux.
    A chaque article ou émission sur le Bio, c’est la même chose: dénigrement, mensonge et image désastreuse.

    Une fois de plus, des journalistes insultent le monde rural, des chercheurs, des ingénieurs, des professeurs de grandes écoles, des doctorants, des instituts français et étrangers qui travaillent sur l’agriculture sans intrant chimique depuis 50 ans!!!

    Une fois de plus, des articles pour rien. Le consommateur est berné, pris pour un imbécile.

    Mangez du bio pendant trois mois pour former votre palais puis retourné une fois acheter les mêmes produits « conventionnels » dans un supermarché. Cuisinez-le comme vous avez l’habitude de le faire. Je vous garantie que vous ne finirez pas votre assiette tant la différence frappera vos papilles.

    Mais l’agriculture bio ne se résume pas à l’amélioration des qualité gustative des produits. Il y a bien d’autres facteurs bénéfiques à utiliser les microorganismes des sols pour cultiver plantes et fourrages.

    L’une des différences majeures entres les exploitations de type biologique et les exploitations conventionnelles utilisant la chimie de synthèse est la forme sous laquelle l’azote est présent dans le sol et dans le système de culture.
    Dans les exploitations conventionnelles, la majeure partie de l’azote disponible pour les plantes au cours de la saison de production est appliquée sous forme d’engrais synthétique rapidement, voire immédiatement disponible. Par contre, dans les exploitations de type biologique, l’azote est fourni sous forme de matrice complexe qui comprend l’azote emmagasiné dans le sol, celui fixé par les légumineuses à partir de l’azote de l’air et celui provenant des M.O. enfouies, broyées ou couchées sur la surface du sol, du fumier, des composts, des BRF, des émulsions de poisson et autres amendements organiques. Ces formes et ces sources d’azote sont libérées plus lentement et sont moins rapidement accessibles aux plantes.

    Dans les exploitations conventionnelles, où l’azote est rapidement disponible, la plante l’utilise en quantité supérieure à ce qu’elle a besoin et produit davantage de glucides par la photosynthèse. Ces glucides sont utilisés pour produire davantage de protéines et donnent un pic de croissance végétative. La plante produit ainsi davantage de feuilles, et donc davantage de chloroplastes et de caroténoïdes. Par contre, dans les exploitations de type biologique, l’apport plus lent et prolongé d’azote – car plus difficile à extraire de la M.O.- ne déclenche pas un pic de croissance, ce qui rend davantage de glucides issus de la photosynthèse disponibles pour d’autres fonctions métaboliques comme la production d’une plus grande quantité de vitamine C et de polyphénols.
    L’azote organique, géré par les microorganismes, est utilisé plus régulièrement car sa mise à disposition dans le réseau trophique se fait au fur et à mesure de sa biodisponibilité, dépendante de l’activité des bactéries (et de leurs prédateurs) pour sa libération, de la disponibilité de ses diverses formes plus ou moins directement assimilable par les plantes.

    Les atouts, sans doute les plus importants, de l’agriculture biologique, sont ceux des bactéries de la rhizosphère et des champignons, les mycorhizes tout particulièrement, qui permettent aux plantes de s’alimenter de manière continue et pertinente en minéraux primaires, en minéraux secondaires, en oligo-éléments et en ‘aliments traces’ tout au long de leurs cycles végétatifs, en fonction de la demande codée génétiquement des plantes.

    Associés à ces voies alimentaires directes, la production en continu de métabolites secondaires par les plantes, ou produits sous la dépendance du signal des éliciteurs en provenance des bactéries PGPR (Plant Growth Promoting Rhizobacteria) ou des mycorhizes est probablement le point crucial qui différentie les légumes (et les fruits) issus d’une agriculture biologique d’avec ceux issus de l’agriculture conventionnelle. La présence de ces métabolites dans les systèmes vacuolaires des plantes biologiques se retrouvent, bien évidemment, dans les mesures en métabolites secondaires de toutes les analyses qui trahissent des différences de 20 à 50% supérieures en faveur des légumes biologiques.

    Moins gonflés d’azote et d’eau, les légumes feuilles, les légumes racines et les tubercules issus des cultures biologiques présentent également une teneur en matière sèche plus élevée (jusqu’à 20%), ils sont donc plus nourrissants.

    Tous les pouvoirs des ‘outils biologiques’, ces organismes vivants dans les sols décrits (bactéries, champignons microscopiques, actinimycètes…), et mis en œuvre par les procédés de l’agriculture biologique, se retrouvent bien logiquement dans les qualités nutritives et gustatives des récoltes, grâce à la fabrication ou l’élicitation de tous ces métabolites secondaires que les industries pharmaceutiques et cosmétiques exploitent commercialement pour la santé humaine et la parfumerie pour leurs propriétés olfactives. Les richesses de ces molécules ont été mises a profit pour la santé humaine, notamment comme anticancéreux, immunosuppressants, anti cholestérol et antibiotiques.

    Les sols biologiquement actifs, c’est à dire nourrit par des matières organiques et non par des engrais chimiques de synthèses regorgent de microorganismes exceptionnelement indispensables à la santé humaine et animale.
    Les sols biologiquement actifs renferment quantité de bactéries actinomycétales comme celles du genre Streptomyces qui possèdent de nombreuses voies de biosynthèse de métabolites secondaires utilisés en thérapeutique humaine puisque 20% des médicaments les plus prescrits en sont dérivés. Pénicilline, sulfapyridine, streptomycine, céphalosporine, daptomycine, bléomycine, etc… sont des antibiotiques issus des bactéries actinomycétales telluriques.

    Il en est de même chez les bactéries telluriques productrices de substances que l’homme a détecté comme antibiotiques naturels et qu’il exploite depuis un siècle.
    La production de plusieurs antibiotiques comme la streptomycine, l’actinomycine, la kanamycine est reduite lorsqu’un sucre rapidement assimilable comme le glucose est disponible c’est à dire quand le milieu de culture est riche en minéraux directement assimilable. Les voies métaboliques sont davantage dédiées à la multiplication de l’organisme qu’à la production de molécules accessoires. La mise à disposition des minéraux sous formes organiques, minéralisés et stockés dans la biomasse microbienne, libérés plus lentement et au rythme de la consommation des plantes, est donc à privilégier.

    Les sols biologiques regorgent de microorganismes libérant dans la rhizosphère un nombre important de divers produits issus de leurs activités enzymatiques qui s’avèrent utiles d’abord à elles-mêmes, puis aux plantes, et indirectement à l’être humain et aux animaux qui les mangent. Ces produits migrent dans les plantes car ils sont associés à la défense immunitaire et ils sont souvent stockés sous différentes formes et lieux (feuilles, tiges, racines), dans l’attente d’être utilisés en cas d’attaques parasitaires. Récoltées, les plantes conservent ces antibiotiques naturels non utilisés, stockés dans leurs cellules de réserve et l’homme qui consomme ces plantes les ingurgite pour son plus grand bien-être. Pas besoin d’aller à la pharmacie pour acheter des médicaments fabriqués à partir des plantes, il suffit de manger bio pour en absorber régulièrement des petites doses et irriguer son organisme.

    La vérité d’une alimentation bio est dans la chimie organique des tissus des plantes qu’on mange.

    Toutes les études récentes comparant des productions à l’identique, issues de cultures conventionnelles (chimiques) et de cultures biologiques, montrent que les produits issus des cultures biologiques sont plus riches en éléments nutritifs. De plus fortes concentrations de ces éléments favorables à la santé humaine dans une même portion sont évidemment plus propices à l’obtention d’individus sains, à l’amélioration générale de la santé des populations et, en retour, favorables aux budgets consacrés à la Santé Publique par les gouvernements des Etats.

    La preuve d’un lien entre le « moins de chimie de synthèse» en agriculture et la « teneur supérieure en éléments nutritifs favorables à la santé humaine » des aliments, est aujourd’hui scientifiquement bien étayée par des études comparatives « d’études à comités » de lecture publiées dans les revues scientifiques du monde entier.

    Ces conclusions ne sont valables que pour les produits à la sortie des champs de cultures.

    À notre connaissance, aucune équipe de scientifiques nulle part dans le monde n’a été en mesure de réaliser une étude suffisamment vaste pour appuyer une conclusion d’ordre général concernant les différences de valeur nutritive pour un échantillon transversal de fruits et de légumes biologiques et conventionnels obtenus auprès des détaillants.

    Que se passe-t-il entre le champ et l’étal du marchand ?
    D’où l’importance des circuits les plus courts possible…

    La qualité nutritionnelle des aliments que nous venons de développer est un élément important qui fait pencher la balance du côté des aliments biologiques. Mais la problématique des résidus de pesticides sur les fruits et légumes, qui représentent la majorité des risques pour la santé humaine, scelle définitivement l’avantage du biologique sur le conventionnel.
    La aussi, les comparatifs d’études montrent qu’il y a 3.6 à 7.5 fois plus de chance de retrouver des pesticides dans les fruits et légumes conventionnels que dans les fruits et légumes biologiques.

    En termes de risques pour les personnes, les oiseaux, les petits organismes aquatiques et les abeilles, tels que mesurés par les UIE (unités d’impact environnemental), les alternatives venant de la chimie de synthèse (les pesticides conventionnels) par rapport aux pesticides biologiques approuvés sont en moyenne 478 fois plus préjudiciables que les matières organiques approuvées. Une raison pour cette grande différence est que les matières organiques approuvées apparaissent rarement comme des résidus dans les aliments (sauf pour le spinosad et le soufre), alors que certaines des alternatives conventionnelles représentent des risques alimentaires significatifs qui se reflètent dans leurs UIE .

    Les résultats de toutes les analyses comparatives effectuées entre 2003 et 2006 montrent que :

    – Pour 80 % des aliments biologiques, les risques alimentaires sont réduits de 100 %
    – pour la portion de 20 % des aliments biologiques qui contiennent des résidus, changer du conventionnel au biologique réduira, en moyenne, les niveaux de risques dus aux pesticides de 85 %.
    – La moyenne de tous les échantillons biologiques confondus donne la réduction des risques alimentaires (attendue d’un changement de comportement et d’achat pour les aliments biologiques) juste au dessous de 97 % !!!

    Pour résumer:

    Dans les fruits et légumes issus de l’agriculture biologique, la concentration en nitrates, en protéines et en eau est moindre. La densité minérale et de métabolites secondaires, dont bon nombre sont des vitamines essentielles et des antioxydants favorisant la santé, dont l’absorption ou l’élaboration sont favorisée par les microorganismes (voir 1ère partie) se retrouvent tout naturellement de manière plus importante dans les feuilles, les fruits, les tiges ou les racines que nous consommons.

    Il est frappant de constater que les procédés de cultures biologiques basés sur les résultats des activités des organismes des sols et que nous avons résumé dans la première partie permettent de comparer (i) oligo-élément par oligo-élément , (ii) macroélément par macroélément, (iii) métabolite secondaire par métabolite secondaire, tous les éléments présents dans les analyses des fruits, feuilles, racines, tiges des végétaux que nous mangeons avec tous les éléments puisés dans les sols ou, pour les métabolites secondaires, produits sous la dépendance des microorganismes.

    Toutes les activités enzymatiques des microorganismes des sols ont des résonnances sur la concentration en minéraux, donc la qualité nutritive et gustative des plantes « biologiques » dont les racines et les mycorhizes participent activement aux réseaux trophiques des sols.
    Autrement dit, les éléments nutritifs indispensables à la santé humaine et que l’Humanité est capable soutirer des plantes, sont en étroite similitude avec ceux issus de l’activité directe des microbes des sols et absorbés par les plantes ainsi qu’avec les métabolites secondaires issus des mécanismes de défense, produits par les plantes elles-mêmes ou sous la dépendance des microorganismes de la rhizosphère.

    Dans la dernière étude comparative américaine de 2008, il ressort qu’une portion moyenne d’aliment biologique d’origine végétale renferme environ 25 % de plus d’éléments minéraux, de concentrations de polyphénols et d’antioxydants, de flavonoïdes, de lycopène, de vitamines A, C et E, de quercétine, de kaemplérol, de Béta-carotène, d’omega-3 et d’acide linoléique conjugué (ALC), etc… ainsi que des taux de nitrates inférieurs (des taux élevés présentent un désavantage sur le plan nutritionnel), qu’une portion de taille comparable du même aliment cultivé selon des méthodes de productions conventionnelles.

    Les auteurs d’autres analyses comparatives concluent de manière similaire :

    « Nous croyons que les conclusions corroborées par cette étude sont généralement applicables à la plupart des produits alimentaires d’origine végétale biologiques et conventionnels frais ou légèrement transformés actuellement disponibles sur le marché. Nous devons toutefois limiter nos inférences et nos conclusions aux aliments d’origine végétale car la vaste majorité des études existantes portent essentiellement sur ce type d’aliments.
    Il existe toutefois de solides indications sur l’effet indéniable que la volaille et les animaux d’élevage qui consomment des aliments pour animaux et du fourrage produits ou cultivés selon des méthodes biologiques produisent en fait de la viande, du lait et des oeufs :
    • à teneur légèrement supérieure en protéines;
    • à teneur supérieure en certains minéraux et vitamines;
    • à teneurs élevées en omega-3 et en acide linoléique conjugué (ALC), tous deux bénéfiques pour la santé cardiaque ».

    Chez l’humain, la valeur nutritive des aliments dépend de plusieurs propriétés et constituants des aliments, de l’alimentation globale de la personne et de son état de santé.
    La valeur nutritive d’un aliment donné dépend de son mode d’entreposage et de la forme sous laquelle il est consommé – aliment frais et entier, congelé et décongelé, en purée, cuit à la vapeur, séché ou produit à partir d’ingrédients multiples. La valeur nutritive dépend aussi, et de façon très marquée dans certain cas, des éléments qui ont été ajoutés au produit alimentaire (p. ex., sucre, sel, gras, vitamines et minéraux, additifs alimentaires, colorants alimentaires).

    Les bienfaits pour la santé et sur le plan nutritionnel pour la personne qui consomme un aliment donné dépendent de son alimentation globale, de son état de santé et, en particulier, de la santé du tractus gastro-intestinal. La capacité du tractus gastro-intestinal d’une personne donnée de tirer profit de manière sélective des éléments nutritifs des aliments est aussi complexe et importante que la valeur et la composition nutritionnelles de l’aliment consommé.

    Pour répondre à ceux qui propagent des contre-vérité

    Christian Carnavalet

    Ingénieur en agriculture biologique
    Auteur « Agriculture biologique: une approche scientifique » GFA ed 2011

  2. Triton dit :

    Certes je n’ai pas lu le long commentaire ci dessus mais….
    je trouve dommage de lutter contre du FUD ou tout autre presse à sensation avec des arguments non objectifs:
    >>> Mon article ne prétend pas être objectif mais, oui, lutter contre le FUD. Pour lutter contre le FUD, la première des choses est de le nommer, de le reconnaître. C’est ce que j’ai avant tout souhaité apporter ici. Il faut aussi savoir que discuter avec des arguments rationnels avec un diffuseur de FUD est extremement compliqué car il a réponse à tout de manière rationnelle. mais cette raison est souvent animée par des émotions inconscientes, comme la peur de perdre son statut, la résistance au changement, etc. Les arguments ne résolvent pas tout malheureusement. Pire, parfois nous tombons dans le débat d’expert sans fin (comme sur de nombreux dossiers comme les OGM, les vaccins, etc!) Il convient donc de revenir au plancher des vaches parfois! Le bon sens, le sens commun. Et aussi de parler valeurs, éthique. C’est la question que je pose ici : qu’apporte ce dossier du Figaro sur le plan des perspectives collectives. Rien.

    « On est en train de nous dire qu’il vaut mieux bousiller une portion réduite de terre en haut rendement, plutôt que de développer le bio sur des grandes surfaces. Parce que de grandes surfaces cultivées, même en bio, porteront toujours atteintes à l’environnement. Désespérant. »… Hé oui je suis désolé de le dire mais l’impact « pollution » est une chose, l’impact « emprise terrestre » en est une autre. De grandes surfaces cultivées, même en bio, porteront toujours atteinte à l’environnement…. Le tout est de faire une calcul de ce qu’on est prêt à « payer » (ou à faire payer à l’environnement).
    >>> Je vous suis. Sur la notion d’emprise au sol, il semble évident à tous que une grande surface bio sera bien moins nocive qu’une grande surface non bio! en effet, le bio maintient les haies, ne pollue pas les sols, qui produisent de l’humus, la micro-faune fait le reste. Là où l’argument est particulièrement fallacieux, c’est sur l’idée qu’en conventionnel on rentabilise les rendements donc on occupe moins l’espace au sol. Mais c’est détourner le fond du pb : ce qui est bousillé l’est réellement, et personne en France n’a songé a réduire l’emprise au sol du conventionnel. Plus y’en a, mieux c’est : ça file à l’export.

    « Pire que les lasagnes Findus »…contre exemple hors sujet et qui n’apporte aucune eau au moulin. Si eux font comme ça alors c’est pas grave que la bio fasse la même chose? Ca n’a d’ailleurs rien à voir avec le débat bio pour/contre mais avec le fait que la traçabilité doit être assurée sans quoi le terme « bio » ne voudra absolument plus rien dire (exemple: http://www.rtbf.be/info/societe/detail_les-oeufs-bio-ne-l-etaient-pas?id=7935207)
    >>> Mon commentaire « pire que les lasagnes Findus » figure bien au chapitre traçabilité du bio. Il y a beaucoup moins de pb de traçabilité dans le bio que dans les produits conventionnels qui sont assemblés de multiples ingrédients. un produit bio est généralement moins chargé au niveau de l’étiquette. A force de vouloir voir la paille dans l’oeil du bio… on oublie de baisser la tête et on se prend la poutre du conventionnel. qui fait beaucoup de dégâts en terme de santé publique. je vous laisse comparer le nombre de scandales bio et le nombre de scandales alimentaires classique.

    J’apprécie cependant que vous souligniez que les avis des internautes sont excessifs (et non informés, très très très malheureusement pour l’énorme majorité, il faudrait le rajouter). Il est certains que l’agriculture biologique est meilleure pour la santé, qu’on en mange ou simplement qu’on vive dans un environnement plus « sain »…Il est aussi certain que certaines études scientifiques sont orientées. Mais c’est sans là que se trouve le vrai travail journalistique: étudier les failles du système, trouver les corrélations et établir une certaines objectivités…
    >>> Les internautes sont assez bien informés je trouve au contraire. Ils font souvent l’effort de se renseigner désormais par eux-mêmes. l’esprit critique s’aiguise un peu partout. La qualité de certains débats sur les forums n’a pas à pâlir devant ceux de certains débats télévisés (sur lesquels on ne peut pas réagir, car la télé est unilatérale, à la différence du web, multilatéral, c’est pourquoi nous discutons). Maintenant, pour le vrai travail journalistique, entièrement d’accord… c’est ce que je m’efforce de faire par ailleurs, lorsque je suis un peu payée… Ici, on est dans le registre du blog, et c’est un genre qui a tout à fait sa place, celui de l’opinion un peu avertie.

    je préférerais 100 fois lire ce genre d’article qu’une simple critique d’un dossier « de presse » mal ficelé pour faire un gros titre. Il aurait été agréable de trouver des articles scientifiques étayés prouvant les erreurs du Figaro.
    >>> Que j’aurais aimé pouvoir vous donner satisfaction (c’est dans mes compétences). Mais vous remarquerez que j’ai été réactive car mon article était en ligne à peine le journal dans les kiosques (ce qui permet au moins le débat); j’y ai passé tout de même quelques heures. Pour une véritable enquête sur ce dossier, il faut environ 8 heures de travail. A répartir sur deux jours, le temps de joindre les interlocuteurs. N’oublions pas que cela ne serait pas forcément plus productif. Les pro conventionnels ne changeront pas d’avis, les pro-bio savent déjà quelles études leurs donnent raison. Vous-même conserveriez votre opinion (le bio est meilleur, si j’ai bien compris). Enfin, les quelques indécis peuvent apprécier mon ton, un peu direct et se satisfaire de mon opinion assumée. Pour les indécis rationnels, effectivement, cela peut être fort utile. Mais ils auront toujours matière par ailleurs à trouver encore des centaines de contre arguments à mon propre raisonnement. Bref, le format blog laisse plus de liberté, fait économiser de l’énergie pour passer les idées, surtout lorsque l’article est bénévole.

    Je ne vous jette pas la pierre et ce genre de travail aurait été beaucoup plus long qu’un billet de blog mais l’envie me prenait juste de partager mon humeur.
    >>>Merci, elle est la bienvenue! merci d’avoir pris le temps d’apporter votre sentiment tout à fait légitime.

    Bonne continuation.

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